24 septembre 2021
Portrait John Constantine

Hellblazer – John Constantine en 10 Planches

Le nom est John Constantine mais la BD se nomme Hellblazer. Créé par un Dieu B&B (Barbu et British), Alan Moore, pour animer la non moins célèbre série Swamp Thing, l’intention était d’inventer un sorcier prolétaire. Si Docteur Strange était né à Liverpool, il se serait appelé John Constantine, avec un zest de cynisme dans son thé… Un personnage complexe, Constantine est un solitaire qui malgré tout accumule les amis et les connaissances – la plupart mourrant rapidement après l’avoir connu. Disons que ce n’est pas le mauvais gars, c’est le plus fainéant de vos potes, le premier à payer sa bière, certainement pas un ange et surtout celui qui n’a peur de rien. Sans plus attendre voici John Constantine en 10 Planches.

10. Son créateur – Alan Moore

Le bad boy du comics British, un anarchiste, un punk de la vieil époque, John Constantine connait tout le monde et pose son empreinte partout. Ce magicien fumeur et enfumeur fut créé par Alan Moore en Juin 1985 comme un potentiel mentor de Swamp Thing. Mais très vite John s’émancipe pour devenir le magicien le plus connu de DC Comics. Ses histoires sont toujours un peu philosophiques, un peu complexes mais très souvent torturées et finissant avec des dents cassées. Les artistes Steve Bissette et John Totleben voulaient dessiner un personnage ressemblant au chanteur du groupe Police. Celui ci apparaitra dans le Swamp Thing #37.

En 1988, Constantine a obtenu son propre titre, Hellblazer. Et en 1993, Hellblazer devient une exclusivité de Vertigo Comics. Dans la version de Moore, son passé était un mystère. Il est celui qui protège, guide et enseigne à Swamp Thing la manière de développer ces pouvoirs.

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Swamp Thing Tome 1 – Alan Moore

9. Le Premier – Jamie Delano

Jamie Delano sera choisi par Alan Moore pour écrire les aventures de Constantine après Swamp Thing (du #1 au #40 avec un petit passage de Grant Morrison et de Neil Gaiman).Les tous premiers épisodes de Hellblazer n’étaient pas vraiment organisés autour d’histoires mais plutôt articulés comme un telefilm des années 80 (Genre Hélène et les garçons en version trash). Ce Jamie Delano, vétéran de 2000AD (où Vertigo faisait son recrutement à l’époque) présenta le titre Hellblazer dans un rythme éffréné. Les premiers chapitres donnent le ton au culte de démons fétichistes, au monde du mysticisme et des légendes, et à des personnages fascinants. Les narrations peuvent sembler un peu trop surfait mais les fondements de l’histoire de John Constantine sont posés pour une aventure qui durera durant 291 épisodes.

John Constantine commença sous les traits d’un personnage très politique. Delano le plaça contre Margaret Thatcher dans un monde où les riches sont démoniaques. Le personnage va donc appartenir à un monde et à une classe, par delà la création de Moore, plus Londonien, plus humain et évidemment plus alcoolisé. Le Constantine de Delano n’utilise pas la magie, mais abuse plutôt de l’alcool et du pub. Il est aussi hanté par le dommage collatéral que représente la damnation d’un petite fille nommée Astra.

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Jamie Delano présente Hellblazer – Tome 1

8. Sans Complaisance – Garth Ennis

2ème scénariste dans la succession et pas des moindres, Garth Ennis va embarquer dans l’histoire Hellblazer de 1991 à 1994 (du #41 au #50 et du #52 au #83). Steve Dillon sera son collaborateur sur la deuxième partie de cette aventure. Avant donc de devenir l’auteur du célèbre Preacher (voir ma liste des meilleures BD), Garth Ennis va nous offrir dans un excès d’alcool et de nicotine le Constantine le plus vulnérable à ce jour. Un anti-héros prenant conscience de sa mortalité, un héros faisant face à un cancer des poumons en phase terminale, chapeau Mr Garth Ennis…

Même si le travail sur Hellblazer ne recevra pas le même écho que celui de Preacher, Ennis nous livre ici un chef d’oeuvre d’écriture et d’imagination. Moins de vulgarité et de folie que dans le personnage de Jesse Custer, Constantine est vulnérable et lutte pour sauver à la fois sa vie mais aussi son âme. Cette bataille changera à jamais le personnage et donnera à Hellblazer son entrée au panthéon de DC Comics. C’est poignant et grinçant, c’est irritant et comique. C’est la touche Garth Ennis.

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Garth Ennis présente Hellblazer – Tome 1

7. L’ère Paul Jenkins et Sean Phillips

Paul Jenkins et Sean Phillips vont travailler sur Hellblazer de 1994 à 1997 (du #89 au #128). Passer derrière Garth Ennis et Steve Dillon n’est forcément pas une mince affaire quand on connait la notoriété de ces deux là. Ennis nous avait habitué à la description de son personnage fantastique, Jenkins va nous offrir le monde terrifiant dans lequel le personnage vit. De la magie, des créatures étranges et des situations d’horreur vont rythmer le quotidien d’un anti-héros en quête de rédemption. Fini la description des états d’âme à la Ennis, et place à un véritable retour à l’univers du personnage (avec beaucoup de référence à Delano). Des démons qui s’emparent d’enfants et une bataille à la fois entre le bien et le mal mais surtout entre la fourberie et la volonté de se racheter.

John Constantine essaie de tourner la page et laisse derrière lui les pires moments de sa vie. Bien sûr il est toujours magicien, mais il ne jouera plus avec le feu comme par le passé. Sauf que le feu va évidemment le rattraper.

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John Constantine Hellblazer Vol 9 (pas d’édition en français)

6. Le féministe – Warren Ellis

Warren Ellis reprend Hellblazer en 1999 (du #134 au #143), après avoir travaillé sur Transmetropolitan (passage de Helix Comics à Vertigo). Un problème éditorial entre DC et Ellis mettra un terme à la courte carrière du scénariste sur ce titre. En effet Ellis avait écrit l’épisode « Shoot » faisant référence aux fusillades dans les lycées américains et en pleine effervescence médiatique due à la tuerie de Columbine. Cet épisode sera finalement publié 10 ans plus tard (le traumatisme et la pression médiatique ayant retombés).

La complémentarité Warren Ellis / John Higgins sur leur premier titre de la série (Haunted) va immédiatement redonner au personnage cette complexité et l’ambivalence de sa genèse. Suite à l’assassinat de son ex, Constantine doit à la fois la venger mais aussi s’assurer qu’elle sera en sécurité dans l’après vie. Rarement une histoire de Hellblazer finit bien, mais Warren Ellis s’y obligera, même si cela implique la mort d’innocents.

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Warren Ellis présente Hellblazer Tome 0

5. L’américain – Brian Azzarello

(image © Vertigo, DC Comics)

Le premier américain à écrire les histoires de John Constantine. Brian Azzarello va devoir faire migrer son personnage pour le faire évoluer en territoire connu. De 2000 à 2002 (du #146 au #174), et grâce au succès de la série 100 bullets, il obtient l’opportunité d’inclure son nom à la déjà longue liste de talents au service de Hellblazer. Evidemment les puristes de Darjeeling et de Guiness et les mangeurs de frites à la confiture se sont sentis trahi par le grand capitaliste venant chier dans les bottes des royalistes. Qu’importe, Azzarello arrivera à fédérer une audience autour de sa vision du personnage. C’est aussi grâce à cet auteur que nous découvrirons les penchants sexuels de notre héros (parce que j’avais oublié de vous dire, mais Constantine est bi-sexuel).

Le voyage de Constantine aux US va commencer avec une incarcération dans une prison fédérale. Evidemment ce dernier grimpera les échelons de la chaine alimentaire, grâce à ces talents de manipulateur et de magicien sans scrupule. Violent et vicieux, ce séjour fera de lui une créature monstrueuse durant tout son périple chez les Yankees.

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Brian Azzarello présente Hellblazer – Tome 1

4. Retour à Liverpool – Mike Carey

Après avoir reçu un Eisner pour son travail sur Lucifer dans l’univers de Sandman, Mike Carey obtient la série Hellblazer de 2002 à 2006 (du #175 au #215). Un gars de Liverpool rendant hommage à un autre gars de Liverpool pour un retour aux racines de John Constantine. Mike Carey est d’abord un fan du personnage et de la série Hellblazer. Ce respect va se traduire par une série d’hommages à ces prédécesseurs dans un univers que Carey va s’accaparer très vite. Vampires, fantômes, vendeurs d’âmes-au-diable, possession démoniaque, toutes les thématiques des scénarios d’horreur sont rassemblées.

Incapables de s’en prendre directement à Constantine, ses ennemis vont orienter leur vengeance vers l’entourage et la famille de John. Ce dernier sera donc obligé de descendre en enfer et de se trouver des alliés pour obtenir gain de cause. Mike Carey va aussi devoir utiliser toutes ses connaissances mythologiques, toutes ces intentions magiques et toute la manipulation du personnage pour faire remonter un être qui est voué à rester en enfer.

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Mike Carey présente Hellblazer – Tome 1

3. Le naturel – Andy Diggle

Andy Diggle reprend Hellblazer en 2007 après avoir déjà approché le personnage dans Lady Constantine (un Hellblazer Special) et Swamp Thing. En ancien de 2000AD, Il fera une courte apparition du #230 au #249 et partira de la série en 2009. Il n’aura ni le temps, ni la volonté de réinventer l’eau chaude. Il restera donc dans la continuité de l’héritage de la série mais avec une aisance déconcertante. Andy Diggle était né pour écrire Hellblazer. Je ne dénigre pas ses autres titres comme notamment The Loosers mais je pense simplement qu’il s’est senti comme un démon en enfer avec cette trame.

Rarement peut-on lire une BD jusqu’à la fin en pensant que le vilain peut vaincre le héros. Diggle nous donne cette impression. Un sorcier africain peut-il venir et soumettre le vieux John ? Lui mangera-t-il la cervelle ? Se rincera-t-il avec une guinness ? Il faut absolument ici donner un coup de chapeau au crayon de l’argentin Leonardo Manco. Son travail d’illustration est exceptionnel. Pour le coup, celui là aime l’enfer car on pourra le retrouver sur des titres comme Hellraiser, Hellstrom, Slaine et Asylum… Tout un programme !

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Hellblazer : Joyride (pas d’édition en français)

2. L’assassin – Peter Milligan

Peter Milligan connait bien la maison Vertigo, ayant déjà travaillé sur Shade et Animal Man. Le patron va donc lui donner les reines de la série Hellblazer de 2008 à 2012 (du #250 au #300). Bizarre, encore un ancien de 2000AD. Et toujours la même trame, John Constantine a un conflit entre sa vie de magicien manipulateur et sa vie personnelle avec sa nouvelle compagne Phoebe. C’est aussi la raison pour laquelle nous aimons tant ce personnage. En lisant les premières pages, on se dit toujours qu’il a mis le passé derrière lui. Puis, très vite, on se rappelle qu’il s’appelle John Constantine.

Dans les mains de Peter Milligan, Constantine a un semblant de code moral qui ne lui donne pas tous les traits caractéristiques des salopards. Seulement quelques uns. Il essaie d’être rigoureux mais n’a pas de chance, il essaie d’avoir une volonté mais celle ci s’enfuie toujours à la première occasion. DC donnera donc à Milligan la fâcheuse tâche de faire mourrir le personnage de John Constantine. Pas de Spoiler dans cette article mais il aura une fin digne pour un enfoiré de son espèce.

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John Constantine, Hellblazer Vol.23 (pas d’édition en français)

1. Le Bonus – Si Spencer , Sean Murphy

En 2011 paraitra Hellblazer, City of Demons de Si Spencer et Sean Murphy. Spencer reprend alors tous les codes qui ont rendu ce personnage si célèbre : son humour sarcastique, son charme démoniaque, sa détermination, ses qualités de détective, sa magie et surtout son attitude de branleur qui lui permet de sortir de n’importe quelle situation. L’histoire est évidemment très brutale, très directe et se finira avec le rire victorieux de Constantine.

Les puristes remarqueront immédiatement que cette planche ne suit pas l’ordre chronologique des précédentes. Je plaide coupable. Pour la simple et bonne raison que j’adore Sean Murphy (voir Sean Murphy en 10 Planches) et que je voulais finir avec cette BD. Je profite d’ailleurs de ce billet pour lancer une bouteille à la mer. Si quelqu’un connait Sean Gordon Murphy personnellement, ou sa grand mère, ou même son poisson rouge, je souhaite faire une interview. A bon entendeur…

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Les dossiers d’Hellblazer – Tome 1 – Si Spencer & Sean Murphy

Conclusion

Même si un arnaqueur alcoolique et charmeur ne semble pas être un concept innovant, Hellblazer a fait ses preuves et a traversé des générations. Vertigo a laissé (presque) carte blanche à des dessinateurs et illustrateurs exceptionnels (même si Anglais pour la plupart) et c’est probablement la raison pour laquelle cette série était le plus long run de l’histoire des comics. Plus important encore, Constantine nous a donné une nouvelle vague d’anti héros humanistes, certes ce héros s’accompagne d’alcool et de tabac, il n’en reste pas moins son intention de bienveillance. Si vous avez déjà lu Hellblazer, pensez à le redécouvrir à l’occasion. Si vous n’avez pas encore rencontrer John Constantine, arrêtez tout ce que vous faites et allez le saluer au pub.

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All images © Vertigo, DC Comics

2 réflexions sur « Hellblazer – John Constantine en 10 Planches »

  1. Cet univers n’est pas vraiment le mien… Néanmoins, j’aime beaucoup cette façon de le présenter en 10 planches. Comme pour d’autres articles de ton blog, j’ai l’impression d’avoir un chouette résumé de BD que je connais pas ou peu et d’en faire le tour en quelques minutes 🙂

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