24 septembre 2021
Portrait de Charles Burns

Blanc sur Noir – Charles Burns en 10 Planches

Charles Burns a acquis sa popularité dans les années 80 en intégrant l’art et la culture pop dans ses BD. Il a aussi travaillé dans l’illustration, la photo, les pochettes d’album et s’est essayé au cinéma. Une carrière exceptionnelle au coup de crayon si reconnaissable : de BDs légendaires à la couverture d’un album d’Iggy Pop, de ses débuts dans le magazine RAW de Art Spiegelman aux couvertures dans le New Yorker. Ses illustrations émanent souvent d’un monde sinistre, au croisement de la fiction et du souvenir. Remplis de personnages clichés du monde de la BD, Burns reprend les codes de notre enfance et les tord juste un peu pour les rendre cyniques et horribles. Evidemment, la technique est là, le noir et blanc est tellement bien maitrisé (regardez surtout les cheveux ou la barbe – fétichisme capillaire ?). Sans plus attendre, voici Charles Burns en 10 planches.

10. Portrait de Charles Burns

Autoportrait de Charles Burns

« Un bon dessin c’est la découverte de l’inattendu. C’est dessiner quelque chose auquel on ne pensait pas auparavant. »

Charles Burns

Le travail de Burns se caractérise par de gros traits; avec de gros contrastes; dans une grosse atmosphère angoissante ! Sombre, surprenant et comique, ses images et textes gothiques sont emblématiques de notre culture pop. Du livre pour enfant aux magazines pour adulte, cet artiste aux multiples talents capture la perversité quotidienne et les transgressions de notre psyché contemporain. Coincidence ? En 1982, Burns s’installe à Paris et publie pour Métal Hurlant. C’est probablement durant cette période qu’il trouve sa niche: des dessins chiadés dans le style épouvante et rétro sur notre décadence pop. Des banlieues banales, des couples normaux, des scènes de vie classiques. Et soudain, tout part en couille… mais avec style !


9. Illustrations et Collaboration de Charles Burns

Couverture du magazine the New Yorker

En 1983, au décès d’Hergé, Burns dessine un hommage personnel à Tintin qui sera exposé à Barcelona par la fondation Joan Miró.   Enorme boost de carrière qui permettra à Burns d’acceder à une notoriété internationale mais surtout une reconnaissance dans son propre pays. En 1991, Burns dessine une couverture pour le fameux Time Magazine (Article sur le gouvernement et l’espionnage industriel…). Son travail sera également publié dans le New Yorker, le L.A Weekly, Esquire et surtout dans The Believer pour lequel il a illustré chacune des couvertures.

Avec Lorenzo Mattotti, Marie Caillou, Blutch, Pierre di Sciullo et Richard McGuire, Burns dirige un film d’animation français ‘Peur(s) du noir’ (2007). Ce film est une anthologie regroupant 6 histoires d’horreur, basée sur l’idée de ces 6 dessinateurs. Burns dirige le 2ème segment qui raconte l’histoire d’un garçon hanté par un insecte à la forme humaine (des bruits inexplicables la nuit dans sa chambre).

Des extraits sur Youtube :
Peur(s) du noir

8. El Borbah (1999)

Extrait de El Borbah de Charles Burns

Voici El Borbah, le détective de 200kg habillé d’un masque de lutteur mexicain, vivant exclusivement de bière et de junk food, au commande d’investigation au ton rude et agressif. Il fracture autant les portes que les cranes dans ces aventures à l’atmospère de film noir bourré de Punks, de Geeks et de Snobs. Cinq histoires décrivant un univers moins horreur que science fiction avec ces robots, ces extraterrestres et ces mutants. Parodiant à peu près tous les genres qui existent, le lecteur redécouvre l’univers Pulp dans ces histoires à la frontière entre le polar, la sf et le monde des superhéros.

D’abord publié dans le magazine Raw de Art Spiegelman et Françoise Mouly, les cinq histoires seront compilées en 1988 dans un ouvrage appelé « Hard-Boiled Detectives » puis finalement Fantagraphics le réimprime en 2005 sous le titre El Borbah. En France, vous trouverez cette ouvrage aux éditions Cornelius.

De préférence en Librairie ISBN #978-2915492552 ou sur Amazon :
El Borbah – Charles Burns – Editions Cornelius.

7. Big Baby (2000)

Extrait de Big Baby

Premier shot sur Raw en 1982, Une BD d’horreur sans loup garou, sans superhéros, mais une BD dans un style qu’on pourrait qualifier d’horreur psychologique. L’histoire d’une enfant prenant conscience qu’il existe un monde d’adultes. Le titre « Big Baby » représente un ado américain à la tête de bébé, Tony Delmonto. Fan de comics et de film d’horreur, Tony va laisser son imagination prendre le dessus dans cette histoire de meurtres et de monstres. Entre Alfred Hitchcock et les bonnes vielles histoires de camping, dans un humour féroce, Burns déroule ses talents avec beaucoup de brio. Des lignes magnifiques et des contrastes de génie.

Les histoires s’enchainent en construisant une atmosphère tendue de film noir. Le lecteur se fera aspirer par l’univers de Tony qui longera la ligne cruelle entre cauchemar et réalité. Un formidable ouvrage compilant ces courtes nouvelles que vous trouverez toujours aux fabuleuses éditions Cornelius.

De préférence en Librairie ISBN #978-2909990736 ou sur Amazon :
Big Baby – Charles Burns – Editions Cornelius

6. Fleur de Peau (2001)

Extrait de Fleur de Peau de Charles Burns

Une compilation de 3 histoires étranges issues de publication magazine dans la continuité des deux ouvrages précédents (nous pourrions appelé ça un triptyque ou une série mais il n’y a pas forcément besoin de respecter l’ordre de parution).

« Fleur de Peau » réaffirme l’humour et l’univers de Charles Burns. Décalé, bourré de références, cette bd nous fait sortir de notre zone de confort. Les personnages sont tous plus horriblement charmants les uns que les autres. Beaucoup d’ironie morbide et de clichés des années 50 viennent alimenter ces 3 aventures. Cette bd nous fait regretter de ne pas avoir vécu l’époque de RAW, je pense que j’aurai adoré découvrir ces histoires dans un support magazine et au fil de l’eau. Le travail artistique de l’auteur est toujours aussi sublime. Les histoires sont toujours aussi bizarres et surprenantes. Du grand Burns.

De préférence en Librairie ISBN #978-2915492101 ou sur Amazon :
Fleur de Peau – Charles Burns – Editions Cornelius

5. Toxic (2010)

Extrait de Toxic

Une multiplication des allers retours entre rêve et réalité. Bienvenue dans le monde de Charles Burns. Le récit est construit sur le mode du collage ou cut up cher à William Burroughs et Allen Ginsberg (Assemblage de portions de texte au hasard – Lire le Festin Nu de Burroughs). Le lecteur perd ses repères et Burns peut dérouler son univers et son talent d’illustrateur.

Une oeuvre expérimentale, hallucinante et hallucinogène, surréaliste et extravagante. Un personnage ressemblant à Tintin, un hommage au titre « l’étoile mystérieuse ». Comme son nom l’indique, cette bd va emmener le lecteur dans un « trip » avec des flashbacks, des pertes de sens, des séquences de rêves, une absence de repère temporel. Une drogue sans la drogue. Pas de fil conducteur et pas de filet de retenue, il faut se laisser emporter dans cette découverte artistique à la manière d’une peinture de Dali ou d’une musique d’Ornette Coleman.Inspiré par des influences aussi diverses que Hergé ou Burroughs, Toxic est un rêve sombre et fascinant.

De préférence en Librairie ISBN #978-2360810048 ou sur Amazon :
Toxic – Charles Burns – Editions Cornelius

4. La ruche (2012)

Extrait de la Ruche de Charles Burns

Un essai à la couleur pour le deuxième volume de la trilogie de Charles Burns. Comme dans le premier tome (Toxic), voilà le retour de Doug, le personnage principal à mi-chemin entre la ligne claire d’Hergé et l’Interzone de William Burroughs, accompagné de personnages perdus dans un monde absurde et parfois révulsant.
Pas de mise en place de l’intrigue, pas de temps mort, la lecture produit un effet d’oppression parfois saisissant.
Déjà chamboulé par la présence de nombreuses références à Tintin dans un univers jouant autant sur la mélancolie que sur le malaise . Voilà que pour ce second volume déboule en plus une étonnante utilisation des comics à l’eau de rose des années 50/60. Encore plus intriguant, encore plus déstabilisant, encore plus virtuose, Charles Burns réussit parfaitement sa montée en puissance et nous laisse plus qu’impatients de découvrir vers quels sommets (ou abysses?) nous emmènera la conclusion de son récit.

De préférence en Librairie ISBN #978-2360810468 ou sur Amazon :
La ruche – Charles Burns – Editions Cornelius

3. Calavera (2014)

Extrait de Calavera

Et si William Burroughs avait scénarisé un Tintin à l’âge du punk?

Doug arrive à la fin de son voyage psychédélique, mais pas avant de faire face au mensonge qu’il avait invoqué depuis le début de l’histoire. Les fragments du passé rencontrent la réalité du présent. Les cauchemars se transforment en une réalité tout aussi déplaisante. Et quand vous pensez pouvoir anticiper la fin, et bien vous vous trompez. Et cette erreur vous fera reprendre la trilogie à zéro. Je n’irai pas jusqu’à spoiler l’ouvrage mais il faut lire la bd jusqu’au bout pour prendre conscience du caractère tordu de Burns. La symbolique et les métaphores du dernier volume ont pu frustrer certains puristes. Il n’en reste pas moins que celle ci parachèvera l’oeuvre de la manière dont Burns finit toujours ces bds. Avec génie et humilité.

De préférence en Librairie ISBN #978-2360810895 ou sur Amazon :
Calavera – Charles Burns – Editions Cornelius

2. Dédales (2019)

Extrait de Dédales de Charles Burns

“Dédales” est sans doute le livre le plus autobiographique du dessinateur américain. Il y est question de dessins, de films tournés en 8 mm et de romance, mais surtout, comme dans ses albums précédents, de créer un monde intérieur pour mieux supporter la réalité.

La comparaison avec David Lynch ne sera jamais aussi vrai qu’après la lecture de cet album. Il est vrai que tout deux ont la capacité de transformer certaines scènes de la vie apparemment calmes en moment d’étrangeté et de bizarrerie horrifique. Ils ont pourtant chacun leur definition de l’étrange mais ils se superposent dans la contemplation de l’horreur qui découle naturellement de notre vie. Sans image choquante, sans hémoglobine, ils nous provoquent dans notre inconfort pour mieux nous englober dans leur univers. Ils en ouvrent la porte doucement pour mieux nous faire chuter dans leur angoisse. Dédales reprend les codes de Burns, et c’est ce qui fait qu’on en redemande.

De préférence en Librairie ISBN #978-2360811649 ou sur Amazon :
Dédales – Charles Burns – Editions Cornelius

1. Black Hole (1995-2005)

Extrait de Black Hole

La plus longue série d’histoires illustrées de Burns et aussi son travail le plus connu se nomme ‘Black Hole’. Les épisodes s’articulent autour d’un groupe d’adolescents dans les années 1970. Ces ados vivent dans la peur d’une mystérieuse maladie sexuellement transmissible, causant des transformations morphologiques. Les malchanceux qui se font contaminer deviennent des parias et doivent vivre en marge du groupe. ‘Black Hole’ est, en quelque sorte, un résumé de tous les thèmes explorés durant la carrière de Burns : être un ado aux Etats Unis, s’affirmer et trouver sa place, sexuellement et socialement, dans une société devenue tellement prude. Burns écrit cet ouvrage en pleine époque de découverte du sida. Les fans le considèrent comme la pierre angulaire de l’oeuvre de Burns.

Tout commence avec un pitch digne d’un film d’horreur de série B : quatre adolescents atteints d’un mal étrange et un robot, en fugue, s’installent dans un camping abandonné.La dénonciation d’une société étriquée symbolisée par la maladie « honteuse » n’est que la face la plus visible du portrait sans concession d’une jeunesse sans repères qui se retranche dans le cynisme.

De préférence en Librairie ISBN #978-2756003795 ou sur Amazon :
Black Hole – Intégrale – Charles Burns – Editions Delcourt

En conclusion

J’ai toujours été subjugué par le niveau de précision des lignes que Burns est capable de faire. J’ai longtemps cru que son travail était fait sur ordinateur. Il s’avère qu’à l’époque où il a commencé, il n’y en avait pas. De plus, en analysant son dessin de plus prêt, on peut véritablement voir son poignée et sa patte. Par contre, le gars ne tremble pas… Il avait toute sa place dans ma liste des meilleures BD. Burns a un style unique et un univers propre qu’il creuse et peaufine depuis ses débuts. Il décortique la vie américaine banlieusarde et la jeunesse désœuvrée, en les propulsant dans des mondes effrayants remplis de monstres issus de divers pans de la culture populaire. Ces bds épluchent doucement l’adolescence américaine pour n’en obtenir que le substrat : un morceau d’angoisse et de peur.

Qu’en pensez vous ? Laissez un commentaire , discutons !

All images © Charles Burns and any other copyright holders.

3 réflexions sur « Blanc sur Noir – Charles Burns en 10 Planches »

  1. C’est vrai qu’on pourrait croire que c’est fait à l’ordinateur, mais non, je reste sans voix par tant de précision ! Merci pour la découverte !

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